Michèle TABAROT, Député de la 9° Circonscription des Alpes-Maritimes

Michèle Tabarot, photo d'illustration article Nice-Matin

Michèle Tabarot est une fidèle. Fidèle à son parti. Fidèle à Copé. Fidèle à sa ville, même si elle a dû, la mort dans l’âme, « lâcher » la Mairie pour permettre à la droite de conserver la 9ème circonscription (ndlr : elle reste Conseillère municipale du Cannet et continue de présider le Groupe majoritaire). Fidèle aussi à ses convictions, à sa vision d’une opposition « forte et intelligente ». On aurait pu l’interroger sur quantité de sujets. On a choisi de cibler plutôt son parcours local et ses 22 années à la tête de la Ville…

Le non-cumul des mandats ?

Je me suis toujours battue contre cette loi qui me semble être une grande erreur et l’avenir nous le démontrera avec les nouveaux élus En Marche qui, bien souvent, ne sont pas issus de territoires. Pour moi, un mandat local et un mandat national, c’est quelque chose de très complémentaire. Et le choix, en ce qui me concerne, a été très dur. J’ai mis longtemps à me décider. Je l’ai fait après la présidentielle en constatant que le combat législatif allait être très difficile et que, si je n’étais pas candidate, on risquait de perdre la circonscription. Et je pense que je n’avais pas tort. Il a fallu l’enracinement local qui était le mien pour résister à la vague Macron.

Votre décision, c’était donc ne pas perdre la circo...

Oui. C’est un territoire qu’on a repris à la gauche (le précédent Député était André Aschieri). Donc, ce n’est pas un secteur facile. Il a été redécoupé mais ça reste un fief de la gauche. Et du Front national. J’avais une grande demande de la part des élus locaux, des maires, parce qu’ils ne voyaient pas trop qui pouvait me remplacer.

C’était une décision collective ?

Plutôt personnelle, mais que j’avais tout de même évoquée avec l’équipe municipale et tous nos proches. Lâcher la mairie a été un déchirement même si, avec Yves Pigrenet, nous travaillons aujourd’hui main dans la main.

Pourquoi l’avoir choisi lui, pour vous succéder ?

C’est une relation de confiance, d’amitié qui s’est construite au fil des mandats. Nous nous sommes connus au moment de la constitution de la première liste en 95. Yves a occupé différentes responsabilités tout au long de ces années, qui lui confèrent une compétence sur différents secteurs et donc celle aussi de s’adapter au rôle de maire.

Précisément, est-il un bon maire ?

Nous avons la même façon de fonctionner : pour moi, un élu est quelqu’un qui est sur le terrain et à l’écoute. Avoir une vision pour la ville que l’on dirige c’est bien, mais la chose la plus importante c’est d’être présent et abordable. C’est son cas.

Quelle latitude lui laissez-vous ?

Je ne vais pas vous mentir : je ne suis pas absente. Mais je considère aussi qu’être là fait partie de mon travail et de l’engagement vis-à-vis des administrés, pris voici de nombreuses années et aux dernières municipales. Donc je suis présente et je le revendique, ce que tous mes collègues ne font pas forcément...

Ce que vous dites de façon claire, c’est qu’en fin de compte cette règle du non-cumul ne sert strictement à rien...

Je pense que l’on n’interrompt pas un mandat en cours. C’est déjà une erreur de calendrier : il aurait fallu que la loi s’applique à la fin du mandat. Mais c’est aussi une loi stupide. On a, en France, ce comportement schizophrénique qui veut que les élus ne fassent que de la politique puisque la loi impose aujourd’hui aux députés d’oublier tout un tas de professions. Et d’un autre côté, on ne veut pas non plus de professionnels de la politique. Moi, je pense que l’on fait bien son travail quand on a un peu d’expérience. Je trouve qu’il y a quelque chose de très sain dans notre démocratie, c’est que les électeurs peuvent nous dire stop quand ils le souhaitent. Cela, c’est mieux que des lois et des règles contraignantes et trop rigides.

Avec Pierre Bachelet, vous avez été la plus jeune adjointe de France. Un bon souvenir ?

J’ai été élue à 20 ans, avec la délégation de la culture. Les choses se sont gâtées quand j’ai décidé de devenir conseillère départementale : Pierre Bachelet a pris fait et cause pour mon adversaire et on a passé une année un peu tendue entre 94 et 95. Le divorce a été consommé à ce moment-là. Quand je me suis présentée à l’élection cantonale, tout le monde était contre moi et je ne me sentais plus appartenir à l’équipe. Il y a eu alors de vraies divergences.

Pierre Bachelet ?

Il a travaillé lors de son premier mandat avec quelques actions à son crédit. Après, il est parti dans des projets pharaoniques : un tunnel qui devait relier Le Cannet à Rocheville, une‘ tour de 70m de haut avec un restaurant panoramique... Des choses qui ne correspondaient pas à la commune. Nous, notre fil conducteur a toujours été le bienvivre au Cannet pour que les gens se sentent bien dans leur ville.

Votre propre action précisément, comment la jugez-vous avec le recul ?

Je n’aime pas regarder derrière. Mais je pense sincèrement avoir réussi à donner une image plus jeune de notre ville. En 95, c’était une cité-dortoir. Désormais, c’est un endroit où l’on a envie d’habiter et on constate que nos quartiers sont de plus en plus demandés. Sur le plan culturel et sportif, on a aussi beaucoup œuvré.

Subsistent quelques carences, notamment en termes de structures hôtelières et de restauration...

Pour la restauration, la donne a changé tant dans le Vieux-Cannet qu’au Cannet-centre. Bruno Oger (2 étoiles au Michelin) nous a rejoints il y a six ans. On lui a proposé une maison appartenant à la ville pour laquelle il a eu un coup de cœur. Il l’a visitée et a investi 3 millions d’euros avec, à la clé, une super-réussite. Et on a été partenaire à ses côtés pour l’accompagner dans toutes les démarches. Reste à améliorer le côté hôtelier. On travaille à cela. On ne veut pas concurrencer Cannes mais compléter notre offre, c’est un objectif.

L’autre difficulté du Cannet, c’est la problématique foncière. Pourrez-vous, un jour, vous mettre en conformité avec la loi SRU ?

Atteindre le cap des 25% de logements sociaux, c’est impossible (Le Cannet en compte 8% actuellement). Notre refus ne relève pas d’une quelconque idéologie, mais du fait que l’on n’a pas de terrains. 95% du territoire communal est construit et la ville compte 5.500 habitants au km². Nos prédécesseurs étaient des bâtisseurs et n’ont pas réservé d’espaces pour des aménagements futurs. Cela a été notre constat en arrivant aux affaires et c’est ce qui nous a conduits à travailler sur l’existant. On reconstruit sur nos quartiers comme on le fait par exemple à Rocheville. Nous sommes la seule ville des Alpes-Maritimes de notre strate dont la population n’a pas évolué en 25 ans.

Donc, vous êtes soumis à l’amende ?

Oui, mais je tiens à dire que nous avons actuellement un préfet, un sous-préfet et un DDTM qui sont à l’écoute. Ils doivent faire face à des contraintes qui sont les demandes fortes du gouvernement mais ils comprennent les difficultés du Cannet. Grâce à nos efforts concrets en matière de production de logements sociaux et de dialogue avec les services de l’État pour faire état de notre réalité urbaine « surcongestionnée », l’amende SRU a été revue à la baisse. Elle est passée de 2,4M€ à 1,9M€ en 2017, et de 1,6M€ à 1,1M€ en 2018, soit 1M€ de moins sur les deux exercices.

Deux mots sur La Palestre : ne souffre-t-elle pas trop de la concurrence de Nikaïa, à Nice ?

Cette salle existait avant que je ne devienne maire. Elle fonctionnait alors en Société d’économie mixte, laquelle avait été placée en liquidation judiciaire. Nous, on l’a reprise en régie municipale et c’est la seule de cette importance à fonctionner ainsi en France, avec les avantages et les inconvénients qui en découlent. On a connu beaucoup de temps forts avec cet outil. La création de Nikaïa, effectivement, a modifié un peu la nature des événements que l’on y accueille. Mais on en a conservé tout de même de très intéressants.

Les gens que vous croisez vous voient toujours comme le maire du Cannet ?

Oui, ils me disent toujours « Madame le maire », y compris les collaborateurs municipaux (rires). Ça reste un réflexe.

Que va-t-il se passer en 2020 ? Quel choix ferez-vous cette fois-ci ?

Je n’y ai pas réfléchi. D’une façon ou d’une autre, je resterai dans l’équipe du Cannet. Je vous l’ai dit : je ne regarde pas derrière mais j’ai aussi tendance à ne pas regarder trop loin devant. Et puis on ne sait pas ce que la loi va donner (limitant le nombre de mandats). La dernière fois, j’ai fait mon choix une semaine avant. Alors deux ans, ça me paraît un peu tôt pour décider…


En quatre mandats, ce dont Michèle Tabarot est la plus fière…

060318.NM.Réalisations LeCannet

Cet article est disponible dans Nice-Matin éditions Cannes & Grasse du 6 mars 2018