Michèle TABAROT, Député de la 9° Circonscription des Alpes-Maritimes

Elus, Forces de sécurité et de secours, citoyens… s'étaient rassemblés ce vendredi dans les Jardins de l'Hôtel de Ville du Cannet pour participer à une cérémonie d'hommage en mémoire du Colonel Arnaud Beltrame, Officier supérieur de la Gendarmerie nationale, de Jean Mazières, Christian Medves, Hervé Sosna, victimes eux aussi de l'attaque terroriste perpétrée le 23 mars dernier à Trèbes et Carcassonne, dans l'Aude, mais aussi de Mireille Knoll, assassinée dans XIe arrondissement de Paris parce qu'elle était de confession juive.

Discours de Michèle Tabarot, Député des Alpes-Maritimes

C’est avec une grande tristesse que je m’adresse à vous aujourd’hui face à ce drapeau en berne. Nos cœurs sont une nouvelle fois blessés par l’horreur de l’attaque terroriste islamiste qui a touché l’Aude et le village de Trèbes. Nous saluons la mémoire du Colonel Arnaud Beltrame et des autres victimes innocentes de cette tragédie : Jean Mazières, Christian Medves, Hervé Sosna. Nous pensons à leurs familles, à leurs proches, à leurs amis. Nous pensons aussi aux blessés qui souffrent dans leur chair et dans leur âme.

En cette journée de recueillement, nous voulons aussi rendre hommage à Mireille Knoll. Cette paisible octogénaire avait survécu aux heures les plus sombres de la seconde guerre mondiale. Elle a malheureusement perdu la vie à cause d’assassins ignobles et lâches. Sa disparition nous a profondément choqués.

En France, en 2018, on meurt encore parce que l’on est juif. On meurt encore parce que l’on croise le chemin d’un fanatique, d’un islamiste radicalisé, d’un monstre qui a semé le chaos. Car Mireille Knoll et le Colonel Beltrame ont été victime d’un même mal : l’obscurantisme, le fanatisme, l’extrémisme, l’islamisme, l’antisémitisme… Peu importe le nom qu’on donne à cette haine. Cette idéologie propage la violence et la désolation depuis trop longtemps, nourrissant parfois chez certains un sentiment de fatalisme, et d’impuissance.

300318.HommageBeltrame PPAbelCes sentiments, le Colonel Beltrame ne les connaissait pas. Il nous a montré une autre voie que celle de la résignation. Il nous a rappelé que nous pouvons résister. Il nous a aussi montré le sens véritable de ces mots que nous prononçons si souvent devant nos monuments, quand nous saluons nos aïeuls qui sont « Morts pour la France ». Cela nous semble parfois lointain. Nous avions sans doute oublié ce que « mourir pour la France » implique comme courage et comme sacrifice. Le Colonel Beltrame nous l’a rappelé avec bravoure.

Lorsqu’il est arrivé sur les lieux de la prise d’otage, il savait que le terroriste avait déjà tué. Il savait aussi qu’il était déterminé à poursuivre son parcours sanglant jusqu’à sa propre mort. Il savait, mais il n’a pas hésité. Il a fait le choix ultime. Celui de donner sa vie contre une autre. Pourtant, il avait une famille, une femme, des amis, des collègues. Tant de belles choses à vivre, et tout à perdre… Le Colonel Beltrame a placé son engagement au-dessus de lui-même, au–dessus des siens, parce qu’il était fidèle à ses valeurs, parce qu’il avait foi en l’humanité, et parce qu’il voulait sauver une vie.

C’est la vocation de nos militaires et de nos gendarmes, de nos policiers, de nos pompiers, de nos personnels soignants. Ceux qui veillent sur nous, dans des conditions souvent difficiles. Ils méritent notre admiration et je veux leur rendre hommage aujourd’hui. Justement parce qu’ils sont nos remparts face à cette terreur.

C’est bien de ce combat dont nous parlons aujourd’hui. La tolérance contre le fanatisme, l’humanité contre la barbarie, la vie contre la mort. Pour gagner ce combat, il faut regarder la réalité en face. La Nation est unie dans le recueillement et dans l’hommage. Mais une fois le deuil passé, elle voudra aussi des réponses.

Nous devrons ouvrir tous les débats sans tabou. Sur les « fichés S » étrangers, la réactivation de l’état d’urgence, le prosélytisme religieux, la haine de la République qui doit devenir un délit… Nous sommes en guerre contre le terrorisme. Et les Français nous demandent clairement d’avoir le courage d’adopter des mesures exceptionnelles. J’assume que nous devrons très rapidement avoir ce débat qui est essentiel pour la défense de nos démocraties.

300318.HommageBeltrame hommage

Mais pour l’heure nous voulons, par-dessus tout, nous associer à la peine des frères d’arme du Colonel Beltrame. Les gendarmes pleurent un grand officier, un modèle, un ami. Mais ils savent aussi que le souvenir de leur Colonel vivra à travers eux, et à travers tous ceux qui sont attachés à notre pays et à nos valeurs. Car le Colonel Beltrame figure désormais parmi les plus illustres des Français. Ceux, qui, à travers les âges se sont révoltés contre l’injustice et la tyrannie. Ceux qui ont résistés. Ceux que nous appelons désormais : nos glorieux héros.

Oui, Mesdames et Messieurs, le Colonel Beltrame est un héros, comme nous en voyons peu au cours d’une vie. Un héros, dont le nom restera à jamais gravé dans notre mémoire collective, dans les rues, les places, les bâtiments publics qui porteront son nom en France entière, à l’image du futur collège de Pégomas qui lui sera dédié.

Oui, bien plus que pour ces terroristes abjectes qui sont voués aux gémonies, le nom du Colonel Beltrame, lui, appartient désormais, pour l’éternité, à la grande Histoire de France.

Vive le Cannet, Vive nos Armées, Et Vive la France.